Alors que l’illettrisme a été déclaré grande cause nationale de 2013, que se passe-t-il pour les salariés concernés en cas de plan social ? Les méthodes de repérage et les solutions varient. Mais la question est peu anticipée. Analyse et témoignages d’experts.

cause2013

Illettrisme ne signifie pas incompétence. La preuve : plus de la moitié (51 %) des 7 % d’illettrés en France ont un emploi. En développant des stratégies de contournement efficaces, on peut ainsi, pendant des années, travailler et même évoluer professionnellement. Jusqu’au jour où… “L’équilibre construit s’effondre : produits déplacés, pictogrammes modifiés… Alors en cas de plan social, c’est un cataclysme !”, témoigne Pascal Saunier, directeur général du cabinet Récif (ingénierie de formation, spécialiste de l’illettrisme). Dans la mesure où elles ont un travail, “ces personnes considèrent que le traitement de leurs difficultés à lire, écrire, compter, maîtriser le français n’est pas une priorité”, remarque Monique Rivet, du cabinet de reclassement Sodie.

PSA Aulnay : 48 nationalités

Ainsi, Monique Rivet a observé, dans la restauration par exemple, de “nombreux cas de salariés ne parlant pratiquement aucun mot de français affectés à la plonge pendant des années, entourés d’agents de cuisine souvent de la même nationalité qui tous, étaient très bien à leur poste”. Les secteurs le plus fréquemment concernés sont ceux qui recrutent au sein d’une même “communauté ethnique”, comme le bâtiment ou la restauration, ou “marqués par un faible turnover, comme l’agroalimentaire ou l’industrie”, poursuit la consultante. Sur le site PSA d’Aulnay (93), on compte ainsi 48 nationalités et “le plan de reconversion concerne près de 80 % de salariés d’origine étrangère dont certains sont dans l’entreprise depuis dix ou quinze ans”, précise Christian Lafaye, délégué syndical central FO de PSA.

Une responsabilité partagée

Certes, chaque salarié a eu des entretiens annuels, à l’issue desquels des formations au “français langue étrangère” ont été proposées, notamment dans le cadre du DIF, “mais cette possibilité n’a pas été utilisée”, poursuit le syndicaliste de FO. Car “si elles parlent mal le français, ces personnes font bien leur travail et ne voient pas l’utilité de se former”. Dans le cas d’Aulnay, “le PSE a mis au grand jour cette question. Cela doit servir de leçon pour l’avenir”.

Y compris aux syndicats, reconnaît-il : “C’est un point qui nous a échappé. Le coût des actions en français langue étrangère mises en place dans le cadre du PSE aurait pu être affecté à des actions de reclassement.” Chez le volailler Doux, victime également d’un plan social, “ce n’est pas au moment du redressement judiciaire qu’on s’est rendu compte du problème d’illettrisme, souligne Vanessa Perrotin de la FGA-CFDT. C’est un problème récurrent dans l’agroalimentaire, que l’on connaît très bien. Nous ne cessons d’alarmer sur la moyenne d’âge élevé, l’ancienneté des salariés dans la branche, le faible niveau de qualification…”

Le plan de formation dans l’entreprise, poursuit la syndicaliste, “est essentiellement centré sur des formations liées aux contraintes du métier (affûtage, gestes et postures, étiquetage des denrées, hygiène et sécurité, conduite de chariot, maintenance…)”. Peu de formations qualifiantes permettent aux salariés d’entretenir leurs savoirs généraux et maintenir leur employabilité. Pour Vanessa Perrotin : “Traiter la question de l’illettrisme au moment d’un PSE, c’est une manière pour l’entreprise de confier à d’autres (cabinets extérieurs, Pôle emploi…) la responsabilité de traiter ce problème.”

Grande cause nationale 2013

Mais la responsabilité peut être partagée. Pascal Saunier observe ainsi “des stratégies de troc qui se mettent en place avec un n+1 ne maîtrisant pas forcément plus les savoirs de base que ses collaborateurs : « Je te dispense de passer certaines consignes, de remplir le cahier de liaisons mais en échange, tu fais davantage d’heures. » Ce qui peut être catastrophique en termes de sécurité et d’image pour l’entreprise (inversions des commandes, réclamations des clients…).

THUMBCULTURE_ACT_VIGNETTE_1300_1363602115

L’illettrisme est également “vécu comme une honte, relève Hervé Fernandez, directeur de l’ANLCI (Agence nationale de lutte contre l’illettrisme), pour lequel un important travail de sensibilisation reste à faire auprès des chefs d’entreprise et des salariés.” Le label Grande cause nationale 2013 va permettre d’effectuer une campagne de communication à partir de l’automne prochain et de mettre en lumière la question, à défaut d’apporter des fonds supplémentaires aux acteurs… (lire ci-après Illettrisme et formation).

Le CSP, une solution ?

En situation de crise, comment alors traiter ces situations ? “Lors d’un PSE, les formations aux savoirs de base sont plus ramassées dans le temps. Le formateur n’a pas à gérer la perte des acquis entre deux sessions, souligne Pascal Saunier. Pour Doux, “un gros travail partenarial s’est effectué dans le Morbihan avec la Direccte, Opcalia, la Maison de l’emploi de Vannes dans le cadre des CSP », précise Vanessa Perrotin.

Le CSP apparaît d’ailleurs comme “une opportunité exceptionnelle pour travailler sur les compétences clés (concept plus large que l’illettrisme en tant que tel : notamment, maîtrise de l’informatique, travail en équipe)” pour Christian Brands, d’Agefos PME Normandie. Dans ce cadre, “on se forme pour retrouver un emploi, et chaque acte pédagogique est centré sur la situation professionnelle visée”. Mais, que l’on soit concerné par un PSE ou pas, la décision de se former aux savoirs de base part avant tout d’un projet personnel (passer son permis de conduite, obtenir une licence de cariste…), qui pourra provoquer le déclic pour réapprendre les savoirs oubliés.

Illettrisme et formation

• La lutte contre l’illettrisme et l’apprentissage du français sont finançables par les employeurs dans le cadre de leur plan de formation (art. L. 6313-1 du Code du travail). Ils sont tenus d’adapter leurs salariés à leur poste de travail et à veiller au maintien de leur capacité à occuper un emploi au regard des évolutions des technologies et des organisations (art. L. 6321-1).

• En 2010, la Cour de cassation a sanctionné un employeur qui n’avait proposé aucune formation, “notamment pour combattre leur illettrisme”, à quatre garçons de cuisine d’origine malienne en poste depuis plus de vingt ans, les empêchant ainsi d’évoluer au sein de l’entreprise (Cour de cass. du 2 mars 2010, n°09-40.914 à 09-40.917).

• En 2013, le FPSPP (Fonds paritaire de sécurisation des parcours professionnels) programme un budget de 54,5 millions d’euros pour cofinancer avec les OPCA des actions “illettrisme” et “socle de connaissances et compétences”.

Illettré et licencié, la double peine ? Un article de Valérie Grasset-Morel de pourseformer.fr

Orthogramm, sur son site, est le spécialiste en e.learning de l’orthographe et la grammaire. Orthogramm propose des évaluations et des formations en orthographe et grammaire, parce que les fautes d’orthographe sont vues tant en interne qu’en externe. Ces fautes d’orthographe sont, pour celui qui les lit, un manque de respect et ne l’encourage pas à donner suite, tant à une demande qu’à une réponse. Les fautes d’orthographe et de grammaire doivent être éliminées et faire en sorte que les recruteurs se concentrent sur votre C.V. et vos atouts. Évaluez-vous sur le site orthogramm.com