Orthogramm face à la baisse des connaissances et des compétences en français propose sur son site des évaluations et des formations en orthographe et en grammaire. Un article de la semainelanguefrancaise.culture.fr nous rappelle l’importance qu’à aujourd’hui le fait de s’enrichir dans les écrits.

Quatre questions à Bénédicte Madinier, chef de la mission développement et enrichissement de la langue française.

Quels sont les principaux aspects du dispositif d’enrichissement de la langue française porté par le Ministère de la Culture et de la Communication ?

Ce dispositif, interministériel et interinstitutionnel, a été créé dans sa forme actuelle en 1996. Il est chapeauté par la Commission générale de terminologie et de néologie, placée sous l’autorité directe du Premier Ministre. Ce dispositif est géré, au sein du ministère de la Culture et de la Communication, par la délégation générale à la langue française et aux langues de France qui est chargée de le coordonner et de l’animer. Notre rôle consiste à traiter et enrichir le vocabulaire de spécialité, le langage scientifique et technique, qu’il s’agisse de la langue de la biologie, du droit ou de celle des affaires… Il faut que nous puissions répondre à l’exigence de la Constitution, à savoir que « le français est la langue de la République ». L’État a un devoir d’exemplarité : il doit s’exprimer en français, produire ses textes officiels, ses règlements et ses lois en français. Par ailleurs, les scientifiques, chercheurs ou enseignants du supérieur doivent pouvoir traiter, dans notre langue, des sujets et notions actuels. Le français ne doit pas rester la langue de Molière, de Zola ou de Proust. Au contraire, il doit évoluer avec l’époque, servir à exprimer le monde tel qu’il est, s’adapter au progrès techniques, à la modernité. En principe, nous ne nous préoccupons pas de la langue générale, qui appartient à tous. Les mots courants se créent grâce aux poètes, aux chanteurs, aux slammeurs, à l’ensemble de la population… Il est vrai que la distinction entre vocabulaire spécialisé et vocabulaire général n’est pas toujours nette, en particulier dans le domaine numérique.

À quels champs lexicaux appartiennent les mots nouvellement créés ?

Au fur et à mesure que des notions nouvelles, parfois très pointues, apparaissent, il faut en donner une définition accessible à tous, et trouver des mots français pour les nommer, afin que chacun puisse les comprendre et les assimiler. Actuellement, les termes créés sont répartis en une vingtaine de grands domaines, eux-mêmes divisés en plus de quatre-vingts sous domaines, qui correspondent aux compétences des différents ministères : audiovisuel, internet, économie et finances, éducation, environnement, ingénierie nucléaire, pétrole et gaz, santé, transports, agriculture, automobile, chimie, défense, relations internationales, sports, techniques spatiales, …

Dans quelle mesure les néologismes retenus par la Commission générale de terminologie et de néologie s’imposent-ils auprès du grand public et s’implantent-ils dans la langue courante ?

Il est presque impossible de répondre à une telle question. Le temps de la langue n’est pas le temps de la technique. Certains termes s’implantent immédiatement : le financement participatif (en anglais crowdfunding), recommandé en 2013, est déjà entré dans la langue usuelle. À l’inverse, certains ne s’imposeront qu’au bout de dix ans ou même jamais, pour des raisons que l’on ignore. Il n’y a pas de recette miracle. Beuverie expresse recommandé au lieu de binge drinking ou mot-dièse au lieu de hashtag vont-il s’installer durablement ? C’est un pari sur l’avenir : nous recommandons environ 300 termes par an, après un travail approfondi de réflexion et de concertation, sans pouvoir garantir qu’ils prendront. La langue est un matériau impalpable, difficilement mesurable. Le signe indiscutable du succès d’un terme, c’est lorsqu’il est repris dans les dictionnaires généraux. Bien entendu, il est indispensable de fournir un gros effort de diffusion, dont se charge en particulier la délégation générale, en direction du grand public.

Certains acteurs peuvent-ils faciliter l’implantation d’un mot nouveau ?

Les plus influents sont sans aucun doute les médias. Le mot pitch, par exemple, a d’abord été employé par Thierry Ardisson, par jeu, puis a été repris partout. Cette influence est la même lorsqu’il s’agit de langage spécialisé. Les médias ont un fort pouvoir prescripteur, car les mots utilisés par les journalistes ont une grande visibilité et se répandent souvent comme une traînée de poudre. L’internet est également déterminant de ce point de vue puisqu’il s’agit d’un réseau mondial à travers lequel toute information se diffuse quasi immédiatement. Enfin, les autorités politiques jouent un rôle important : quand un ministre emploie un terme, il est aussitôt cité, commenté, et donc largement diffusé par les médias. Il est donc de la responsabilité des personnalités publiques de veiller à utiliser un vocabulaire français adapté et compréhensible du plus grand nombre. Mais chacun peut contribuer à la diffusion des termes français recommandés, tout simplement en les employant. C’est ce qu’on appelle l’usage !

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