C’est elle qui le dit, elle le clame partout. On la voit partout… Et cela se vend. C’est lu par des milliers de lecteurs. Sur papier, sur Internet. Elle est libre et le clame haut et fort et surtout en français. Fière, tous les jours, de diffuser dans cette belle langue La Libre Belgique, couramment dénommée « La Libre », est un quotidien belge de langue française qui couvre l’ensemble de l’actualité nationale et internationale. Il constitue avec l’autre journal en langue française Le Soir.

Drieu Godefridi juriste et docteur en philosophie (Sorbonne), écrit dans La Libre.be sur l’orthographe : « Si l’on s’attaque avec trop d’enthousiasme à dépiauter la langue de ses particularités, on entamera l’os du sens. » 

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Il s’explique dans cet article :

Simplifions l’orthographe, simplifions le monde !

Serpent de mer ou marronnier, voici qu’il est à nouveau question d’une réforme simplificatrice de l’orthographe (« Orthographe : qui a peur de la réforme ? », plaquette que vient de publier la Communauté française et dont le titre a l’avantage de situer immédiatement les adversaires de la réforme orthographique dans les ténèbres moites et obscures de la « peur »).

Que la langue française soit encombrée d’exceptions et de règles à tiroir, dont on pourrait faire l’économie sans rien perdre de sa capacité à faire sens, n’est pas douteux. Carnavals ou carnavaux, hiboux ou hibous, du point de vue du sens, c’est du pareil au même. Toutefois si l’on s’attaque avec trop d’enthousiasme à dépiauter la langue de ses particularités, on entamera l’os du sens. On ne renoncerait, par exemple, à l’accord du participe passé qu’en obligeant le locuteur à lui substituer une périphrase. « Je vous ai entendu ! », déclara-t-il. Le locuteur s’adresse-t-il à la personne qui lui fait face, ou au groupe qui encadre cette personne ? L’accord du participe répond à cette question de la façon la plus économique, avec une seule lettre. Que l’on y renonce, et il faudra préciser, par une périphrase, si l’auteur s’adressait à son vis-à-vis, ou au groupe.

Même lorsque l’on ne perd rien au sens, qui ne voit qu’en simplifiant d’autorité la langue, on la prive de ses attraits ? Il n’est pas rare qu’on puisse substituer un indicatif au subjonctif sans altérer le sens de la phrase. Mais ce que l’on gagne en simplicité, on le perd en élégance. La richesse d’une langue tient à son aptitude à varier ses expressions.

Surtout, quelle est cette complexité infernale que l’on dénonce ? La compréhension des règles qui régissent ce malheureux participe passé serait désormais réservée à l’élite. Rappelons que, pour accorder le participe passé, il existe fondamentalement deux options. Pas trois ou une myriade : deux. L’intelligence aurait-elle régressé en deçà de l’interrupteur ? On nous dit : mais pas du tout, ce sont les exceptions qui font problème, les verbes pronominaux, pas la règle de base. Sophisme : je reçois chaque année des centaines de CV d’universitaires diplômés. Le pourcentage de ceux qui maîtrisent la règle de base — avoir, être — s’amenuise chaque année. N’est-ce pas surprenant, dès lors qu’il faut quinze minutes pour expliquer, et faire comprendre, cette règle ? Je l’ai moi-même enseignée à des centaines d’étudiants universitaires qui, parvenus en BAC1, ne possédaient pas la moindre notion, non seulement de la règle, mais de l’intérêt de la connaître. Si la règle de base est tellement simple, que ne prend-on la peine de la leur enseigner ?

On nous dit : les exceptions obligent à mémoriser. Mais la mémorisation n’est-elle pas l’une des facultés les plus élémentaires de l’esprit humain ? Ne convient-il pas de la développer au plus vite, au plus tôt, et de préférence sur des objets aussi commodes que les mots ? Viennent les mathématiques, la science, la pensée critique (pour ne rien dire de l’apprentissage d’autres langues !) : toutes choses qui ne s’acquièrent que par le travail, l’effort et, osons-le, une certaine souffrance. Pourquoi obliger nos étudiants à affronter ces difficultés, bien réelles, en traînant le boulet d’une langue qu’ils ne maîtrisent pas ? N’y a-t-il pas du mépris à considérer que nos adolescents seraient désormais incapables d’intégrer ne serait-ce que la « science des ânes » ?

Il est d’ailleurs à démontrer que ces questions se règlent encore par décret. La pratique est reine ; elle se débarrasse spontanément des scories du passé (et des réformes autoritaires, par exemple de la réforme de 1990, qui ont aggravé l’insécurité linguistique) lorsqu’elles sont sans rôle ni séduction. Nul besoin des ordonnances d’éducateurs inspirés par ces mêmes préjugés idéologiques qui ont donné naissance à ce système « rénové » que le monde nous envie (en se gardant de le copier).

En dispensant les apprenants d’apprendre, on les condamne à évoluer, en aveugles, dans une réalité aussi simplifiée que la langue qu’on prétend ne plus leur enseigner. Tels étaient, au mo près, l’objet et la raison d’être, pour tout dire la clef, de la novlangue décrite par George Orwell ( 1984 ).

Pour réviser la règle du participe passé, entre autres, et s’évaluer en orthographe et en grammaire www.orthogramm.com

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