Sans ordre précis, l’orthographe et la grammaire deviennent comme les mathématiques incompréhensibles si ce n’est qu’il peut y avoir place à l’improvisation dans la grammaire tout autant que dans les mathématiques. Ce que le test de Turing démontre par une proposition de test d’intelligence artificielle fondée sur la faculté d’imiter la conversation humaine. Décrit par Alan Turing en 1950, dans sa publication Computing machinery and intelligence, ce test consiste à mettre en confrontation verbale un humain avec un ordinateur et un autre humain à l’aveugle. Si l’homme qui engage les conversations n’est pas capable de dire lequel de ses interlocuteurs est un ordinateur, on peut considérer que le logiciel de l’ordinateur a passé avec succès le test. Cela sous-entend que l’ordinateur et l’homme essaieront d’avoir une apparence sémantique humaine. Pour conserver la simplicité et l’universalité du test, la conversation est limitée à un échange textuel entre les protagonistes.

En 2004, Patrick Le Lay de TF1 disait « Il faut que le cerveau du téléspectateur soit disponible. Nos émissions ont pour vocation de le divertir, de le détendre pour le préparer entre deux messages… ». Le cerveau ne peut être disponible, il est acteur et non spectateur… Il y a 100 ans naissait l’un des scientifiques qui a influencé le destin de milliards d’hommes. En bâtissant les bases de l’informatique moderne et en aidant les alliés à gagner la bataille contre les nazis, Alan Turing a bel et bien changé la face du monde. Déclarée The Alan Turing Year, 2012 est l’occasion de lui rendre hommage. La communauté scientifique mondiale a commémoré le centenaire de son fils mal aimé et père de l’informatique moderne : le génie des mathématiques britannique Alan Turing, vainqueur des codes secrets nazis durant la seconde Guerre mondiale. Le 23 juin dernier, centième anniversaire de sa naissance à Londres, de nombreuses villes organisent conférences et expositions pour rendre hommage aux travaux d’un homme qui fait désormais figure d’Einstein des mathématiques mais qui fut de son vivant persécuté pour son homosexualité.

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« Turing est sans doute la seule personne à avoir apporté des contributions qui ont changé la face du monde dans les trois types d’intelligence les plus fines : humaine, artificielle et militaire », écrivait la revue scientifique Nature dans un récent éditorial.

Turing est mort à l’âge de 41 ans, empoisonné au cyanure, après avoir été condamné en 1952 pour « outrage aux bonnes mœurs » en raison de son homosexualité, encore illégale en Grande-Bretagne à l’époque, et contraint à la castration chimique. Certains pensent que le scientifique, réputé pour son excentricité, s’est suicidé en 1954 en croquant une pomme empoisonnée, mais cela n’a jamais été formellement prouvé. Le mémorial qui lui est consacré près de l’université britannique de Manchester le représente d’ailleurs assis sur un banc, tenant une pomme à la main. Durant sa courte existence, Alan Turing sera parvenu à poser les fondations de l’informatique moderne, à définir les critères de l’intelligence artificielle, à déjouer les codes utilisés par l’armée allemande ce qui, selon certains, aura sauvé des millions de vies en écourtant la guerre, et a presque résolu une énigme biologique qui confond encore actuellement les chercheurs.

En 1936, Turing, qui avait annoncé vouloir « construire un cerveau », publie un article décrivant « la machine universelle Turing ». Il était ainsi le premier à envisager de fournir des programmes à une machine sous forme de « données » pour lui permettre d’accomplir les tâches de plusieurs autres en même temps, à l’instar de nos ordinateurs. Lorsqu’elle fut effectivement construite par d’autres scientifiques en 1950, la première version de l’Automatic Computing Engine (ACE) de Turing était le calculateur le plus rapide au monde. « Inventer l’ordinateur est une contribution tellement immense que ça paraît bizarre d’en chercher une autre encore plus grande. Mais je suppose que sa contribution au décryptage » des codes nazis « a eu un impact encore plus grand sur le monde », déclare Jack Copeland, spécialiste des mathématiques qui a écrit plusieurs livres sur Turing. Pour le grand public, le plus haut fait d’armes de Turing est en effet d’avoir réussi, avec son équipe, à « casser » les codes de la machine Enigma utilisés pour leurs communications par les sous-marins allemands croisant dans l’Atlantique nord. Certains historiens estiment que ce coup de génie a précipité la chute d’Hitler, qui autrement aurait pu tenir un ou deux ans de plus.

La machine Enigma – Photo Bob Lord, CC BY SA

Après la guerre, Turing explore la question de l’intelligence artificielle et en définit les critères logiques, encore en vigueur aujourd’hui : le fameux Test de Turing qui se fonde sur la faculté d’une machine à tenir une conversation. Autrement dit, un ordinateur ne serait vraiment intelligent que si un humain n’est pas capable de faire la différence entre ses réponses à une question et celles d’un autre humain. Passionné de biologie, Turing applique ses talents de mathématicien à la morphogénèse — ou comment les animaux et végétaux développent certains modèles de formes, comme les rayures du zèbre ou les taches d’une vache. Des théories sur lesquelles planchent encore aujourd’hui les chimistes. Qu’aurait pensé cet excentrique timide, qui portait un masque à gaz pour éviter le rhume des foins lorsqu’il faisait du vélo, des célébrations qui se profilent en son honneur ? « Je ne crois pas qu’il aurait pu l’imaginer, mais il s’en serait probablement un peu moqué. C’était la curiosité et l’esprit scientifique qui l’animaient et, dès lors qu’il avait trouvé, il ne faisait pas grand cas de transmettre ses idées aux autres », estime Jack Copeland.

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